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La disparition brutale du président de Région Georges Frêche a bouleversé le paysage politique en profondeur. De nombreux observateurs concentrent leur attention sur le parti socialiste, s’attendant à des évènements spectaculaires et peut-être à une « guerre des roses ».
Cependant, c’est au centre que la disparition de M. Frêche aura les répercutions les plus lourdes.
En effet, années après années, les résultats électoraux de l’homme fort de la région ont dépassé de loin le seul socle du Parti Socialiste. A lui seul, il réunissait les électeurs de la social-démocratie, mais également ceux du centre et une partie des électeurs de droite. L’arc politique ainsi mis en place conférait à M. Frêche une assise que nul ne peut espérer reconstituer aujourd’hui.
Les centristes étaient naturellement déchirés par cette situation.
Autant les réalisations de M. Frêche étaient en accord avec les valeurs du centre (vision de long terme, analyse rationnelle et sans à priori idéologique, ouverture au monde), autant sa pratique politique en était à l’opposé (concentration du pouvoir, affaiblissement des contre-pouvoirs, autoritarisme, etc…). Etouffée par le programme modéré du président de région et déchirée par sa pratique radicale du pouvoir, la famille centriste ne pouvait se constituer pleinement.
Seuls les extrêmes, et en particulier l’extrême-gauche et sa déclinaison écologique, ont pu conserver leur base électorale, allant jusqu’à y gagner une aura médiatique en devenant la principale force d’opposition.
Cet arc politique disparu, comment vont évoluer les forces politiques ?
Les exécutifs conquis par M. Frêche vont naturellement connaître des difficultés de cohésion interne, liées au rétrécissement de leur socle électoral, les seuls électeurs socialistes ne permettant pas de maintenir une majorité solide.
Les extrêmes, privés brutalement de leur rôle d’opposition au leader régional, vont perdre de leur aura médiatique. Je m’y arrête un instant pour une mise en garde. Cette diminution probable de visibilité dans la presse ne doit pas faire croire que leur poids électoral diminue également. Au contraire : le verbe haut et la combativité de M. Frêche attiraient également à lui des électeurs extrémistes, qui vont aujourd’hui retourner vers leurs partis d’origine.
Enfin, les électeurs centristes vont rechercher de nouveaux leaders capables d’incarner leur sensibilité. Nous allons donc assister à une dynamique de renaissance de la famille centriste, dans toute sa diversité.
Car il n’existe pas un seul centre, mais bien quatre.
- le centre-droit : son alliance traditionnelle avec la droite lui a donné une si grande visibilité électorale que ses représentants se considèrent comme unique représentants « du centre ». Ils en sont pourtant loin.
- le centre-gauche : en partie absorbé par les courants du parti socialiste, il émerge néanmoins ponctuellement, porté par des personnalités comme Christiane Taubira ou Jean-Pierre Chevènement
- l’extrême-centre : caractérisé par le refus du choix binaire droite/gauche ; François Bayrou en est l’incarnation nationale
- le centre écologiste : distinct de l’écologie radicale, cette famille a contribué fortement à l’aventure d’Europe Ecologie, sous l’impulsion de Daniel Cohn-Bendit
C’est l’intégralité de cette famille politique qui va aujourd’hui renaître dans la région et le département.
Pour défendre un programme modéré, rationnel et de long terme, s’appuyant sur l’éducation et l’innovation, loin des carcans idéologiques.
Pour s’opposer fermement aux extrêmes, aux illusions de la radicalité, aux politiques fondées sur la peur et la stigmatisation.
Pour promouvoir une démocratie moderne, basée sur l’ouverture, le respect des partenaires et un partage authentique du pouvoir avec la société civile.
La fédération Hérault du Mouvement Démocrate aura à accompagner cette dynamique, à lui insuffler force et crédibilité. Les citoyens l’attendent et la recomposition du paysage politique régional en dépend.
Roméo Lucibello
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