|

Elue à deux reprises gouverneure du Michigan (un Etat très influent, 10 millions d'habitants en pleine région industrielle des Lacs), Jennifer Granholm a quelques expériences à partager.
Elle publie ce mois-ci A Governor’s Story: The Fight for Jobs and America’s Economic Future ("L'histoire d'un gouverneur. Se battre pour les emplois et le futur économique de l'Amérique"). Une lecture intéressante des deux côtés de l'Atalantique.
Jennifer Granholm dénonce en effet la compétition acharnée que se livrent les différents Etats américains, chacun diminuant les taxes et les contraintes règlementaires en espérant mettre la main sur les emplois de son voisin. Selon elle, loin d'être efficace, cette politique du laisser-faire (*) a rendu les USA incapables de mener les politiques économiques d'avenir. Les partisans d'une Europe unie trouveront là quelques arguments intéressants.
D'autre part, elle constate que le bouleversement du monde (économie mondialisée et récession en Occident) est en train de faire voler en éclat les deux dogmes économiques américains ! Les Républicains doivent découvrir que diminuer les taxes ne suffit plus et les Démocrates qu'injecter de l'argent en période de crise ne change plus rien non plus. Cette situation nécessite une nouvelle génération d'économistes et de politiques, intellectuellement honnêtes et prêts à se confronter à la réalité pour la comprendre. Un tel constat est valable également de ce côté de l'Atlantique et a été l'un des ressorts de la création du Mouvement Démocrate.
It’s time to overcome our fear of a more active government and to recognize—and deploy—the power of well-designed competitive economic policy.
Enfin, forte de ses années d'expérimentations, Jennifer Granholm plaide pour une stratégie économique fédérale d'investissement. Pour elle, l'avenir économique américain doit passer par une véritable intervention de l'Etat, identifiant des filières fortes et investissant dans des infrastructures de soutien à ces activités, coordonnant travaux universitaires, prêts bonifiés publics et entreprises privées. Cet interventionniste choque aux USA et empêche le pays d'avancer, mais ces réticences ne sont pas présentes dans les pays européens.
L'Europe, malgré ses faiblesses et son manque de coordination politique, possède là un atout. A nous de savoir l'exploiter.
(*) En français dans le texte
|