Les enjeux des politiques du logement

Jeudi, 07 Avril 2011 08:30

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Par Virginia Corral Jimenez

Derrière la complexité des politiques du logement, se trouvent trois questions :

- Est-ce que les gens peuvent se loger ? (enjeu social)
- Est-ce que le secteur du bâtiment a du travail ? (enjeu économique)
- Est-ce que les villes sont agréables à vivre et durables ?(enjeu urbain)

Selon la question que l’on pose, on ne choisira pas la même méthode d’analyse. Et naturellement, on ne proposera pas les mêmes solutions.

1. L’enjeu social

Chacun a besoin d’un toit pour vivre. Pour que ce besoin soit satisfait, il faut :
- Qu’il y ait un nombre suffisant de logements disponibles (QUANTITE)
- Que le prix du logement (location ou achat) soit adapté aux moyens de chacun (ECONOMIE)
- Que le logement soit décent, c’est-à-dire confortable, sécurisant… (QUALITE)

Selon le lieu d’habitation (grande ville ou campagne, vastes plaines de l’Est de la France ou zone côtière du Sud), les problèmes ne seront ni identiques, ni d’égale intensité. L’intervention des pouvoirs publics doit donc être adaptée au territoire.

Deux types de politiques répondent à cet enjeu social :

- « Permettre à chacun d’accomplir un parcours résidentiel »

En fonction des grandes tendances de la société (évolution du travail, de la famille, des relations entre générations, etc…), l’objectif est de permettre à chacun de trouver tout au long de sa vie un logement adapté. Ainsi, c’est la trajectoire des ménages qui importe et cette politique cherche à équilibrer le systèmedans son ensemble.

- « La lutte contre l’exclusion »

Pour les populations en grande difficulté, la politique du logement devient une politique de l’urgence. Le cas par cas est indispensable. Il faut impérativement prévoir un suivi social et un accompagnement individualisé.

On le voit, la première catégorie de politique repose sur le moyen /long terme et se nourrit de statistiques. La seconde catégorie vit au rythme de l’urgence et des solutions individuelles. Toute la difficulté est de ne pas laisser s’installer un cloisonnement entre les deux !

2. L’enjeu économique

Le bâtiment est l’un des secteurs majeurs de l’économie nationale.

Qu’on en juge : près de deux millions d’emplois dépendent du logement (construction, amélioration, entretien, etc…). Il concerne également de très nombreuses entreprises, depuis des artisans locaux jusqu’aux quelques géants du secteur. De plus, le financement immobilier constitue l’un des piliers de l’activité des banques. Enfin, l’Etat et les collectivités locales en tirent d’irremplaçables ressources fiscales.

Devant une telle importance économique, on comprendra la multiplication des politiques incitatives (« aides à la pierre » et avantages fiscaux), qui viennent au secours du secteur en période de crise.

Ces politiques économiques sont néanmoins très différentes des politiques sociales sur deux points :

- ces politiques sont nationales : sur le terrain, les acteurs économiques en tireront la meilleure optimisation, sans que ce soit toujours cohérent avec les besoins locaux
- ces politiques sont calées sur la conjoncture immobilière, qui varie d’une année sur l’autre tandis que le logement a besoin de politiques durables

3. Les enjeux urbains

Pour les politiques qui visent à organiser la cité, le logement est un outiltrès puissant. Il sert à atteindre trois objectifs :

- La mixité sociale

Le mélange des catégories sociales permet de conserver une vie quotidienne harmonieuse. A l’inverse, la concentration de populations identiques concentre les problèmes et les aggrave.

Les politiques urbainesvisent donc à maintenir une diversité de logements dans les villes et les quartiers (loi SRU imposant 20% de logements sociaux par ex). Mais cette diversité des types de logement ne suffit pas. On sait désormais que l’avenir d’un quartier dépend aussi des emplois disponibles, des écoles, des transports… Les politiques de logement ne sont alors qu’un outil parmi d’autres.

- Le renouvellement urbain

En quelques décennies, nos villes se sont étalées sur d’immenses territoires. De grands ensembles ont été construits et se sont révélés être de graves échecs. Aujourd’hui, les politiques visent à limiter cet étalement et à redonner de la qualité à la vie en ville.

La peur des grandes tours a longtemps freiné l’augmentation de la densité des villes. On supposait également que la petite villa de banlieue était le désir unique de tous les habitants. Aujourd’hui, ces questions sont dépassées et une nouvelle cité est imaginée, où les services sont disponibles pour tous, où des vies de quartier sont favorisées, et où la concentration des habitations n’est pas une gêne. Ce « renouvellement urbain » motive des politiques urbaines de très long terme, qui nécessite une grande humilité devant l’ampleur des incertitudes.

- L’environnement

Les politiques environnementales rejoignent les politiques urbaines contre l’étalement et pour la densité. On sait également que les principales économies d’énergie possibles sont celles liées au chauffage des logements.

Néanmoins, la construction de logements rapidement et à bas prix passe souvent par un étalement des cités. Comment concilier alors objectif environnemental et objectif social ?

De même, les coûts de rénovation des logements anciens sont-ils compatibles à court terme avec les difficultés financières des populations déjà fragilisées ?

On le voit, ce sont trois enjeux totalement différents qui sont concernés par les politiques du logement.

Cela explique la violence de certains débats : selon l’angle choisi, on dénoncera une politique qui « aggrave les difficultés des plus pauvres », qui « ruine le pays » ou qui entretient « une catastrophe écologique » !

Aucun de ces aspects ne peut être sacrifié et aucun ne peut guider seul l’action publique. Devant une proposition politique sur le logement, chacun s’efforcera donc de garder à l’esprit, en même temps, ces trois questions :

Est-ce que cela aide les gens à se loger ?
Est-ce que cela favorise l’activité économique ?
Est-ce que cela améliore la qualité de vie et rend nos villes durables ?

Commentaires
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dubois  - remarques   |90.14.169.xxx |Sun-04-11 22:21:06
- vous indiquez à juste titre que les politiques économiques sont différentes des politiques sociales . On peut le constater avec les dispositifs scelliers qui ont facilité l'acquisition pour des investisseurs déja propriétaires .
- vous dites qu'aujourd'hui une nouvelle cité est imaginée où la concentration des habitations n'est pas une gêne. Encore faudrait il réfléchir sur le seuil de densité acceptable , mais également se demander si cette volonté de densification urbaine est cohérente lorsque l'on observe parallelement un phenomène de désertification dans grand nombre de campagnes.
DUBOIS JP adhérent modem
Roméo Lucibello   |193.227.228.xxx |Mon-04-11 10:09:52
- Absolument !
Le dispositif Scellier est une "réussite" sur le plan du dynamisme économique, mais qui conduit à favoriser la construction de résidence haut-de-gamme dans des zones où la pression démographique n'est pas trop importante (foncier moins cher et rentabilité accrue). Inversément, le contrôle absolu des loyers conduirait à éloigner l'investissement privé, créant une crise économique du secteur.
==> Tout est dans l'équilibre des mesures.

- Il n'existe pas vraiment un seuil de densité "à priori" inacceptable. Tout dépend de l'habitat, du vivre-ensemble, du tissu économique ou des services disponibles. On peut constater que la ville française est loin d'être une ville "dense" (comparaisons internationales) et qu'on a donc de la marge, à condition d'y conserver une grande qualité de vie.

- Enfin, la désertification des campagnes n'est pas liée à la //surface// occupée par les métropoles, mais aux transports qui favorisent la constitution de métropoles. Que la ville-centre soit étalée avec des banlieues pavillonaires ou concentrée, cela n'impacte pas la situation des campagnes. Et pour parler de ces dernières, il faudrait un article complet !
Roméo  - (suite)   |193.227.228.xxx |Mon-04-11 10:10:47
- Enfin, la désertification des campagnes n'est pas liée à la //surface// occupée par les métropoles, mais aux transports qui favorisent la constitution de métropoles. Que la ville-centre soit étalée avec des banlieues pavillonaires ou concentrée, cela n'impacte pas la situation des campagnes. Et pour parler de ces dernières, il faudrait un article complet !
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