Hystéries collectives : il est temps de freiner !

Mardi, 15 Mars 2011 12:03

Rendez-vous compte : vous avez échappé à la fin du monde, et même à plusieurs dizaines de fins du monde. Mais si ! Souvenez-vous !

Les attentats chimiques terroristes, le bug de l'an 2000, la chute de la station MIR, le SRAS, le pic du pétrole, la grippe aviaire, le réchauffement climatique, les émeutes en banlieue, la grippe A H1N1, les émeutes de la faim, la crise financière, les violences aux personnes, les innondations, la crise-économique-pire-que-1929, l'islamisation intégriste, le tremblement de terre "Big One", les plombiers polonais et les chinois-qui-vont-nous-manger...

Sur le seul mois de mars, vous allez survivre à deux périls extrêmes : les "vagues d'immigration bibliques" et "le nouveau-Tchernobyl-en-pire". Parce qu'on peut déjà le prédire : votre quotidien ne sera nullement affecté par ces évènements.


Depuis plus d'une dizaine d'années, les phénomènes d'hystérie collective se multiplient. Ce ne sont pas simplement des angoisses face aux problèmes que nous affrontons, mais de brutales émotions collectives qui disparaissent aussi rapidement qu'elles sont apparues.

Les peurs millénaristes et les phénomènes de bouc émissaire ont une longue histoire, mais jamais ils ne se sont multipliés à cette vitesse. Le flux continu d'images met en resonnance les émotions planétaires (que ce soit l'élection de Barrack Obama ou le tsunami de 2004) et les émotions nationales (l'affaire Laetitia).

Nos sociétés ne parviennent simplement pas à "digérer" les dernières technologies de l'information (télévision puis Internet). Confrontés à un nouvel environnement, il nous faut du temps pour adapter notre structure sociale.

Nicolas Sarkozy, premier président de la République à s'adapter à cette réalité, a tenté de gouverner en accompagnant ces émotions collectives. Sa méthode ? "un fait divers, une loi". Le désavoeu massif des français à son endroit semble démontrer l'inefficacité du procédé.


Si l'on ne peut pas "surfer" durablement sur ces phénomènes, on ne peut pas non plus rester sur le simple constat. En effet, la fréquence des mouvements de foule augmente les risques de dérapage - des "bulles économiques" se transformant en krach financier, des "bulles électorales" faisant élire des candidats extrêmistes, des "bulles politiques" conduisant à l'adoption de lois irréfléchies.
De plus, il ne serait pas surprenant que ces grandes angoisses collectives constituent un frein puissant à l'innovation : comment créer une entreprise ou rechercher une nouvelle technologie dans ce contexte de fin du monde perpétuelle ?

Il paraît désormais indispensable d'agir pour ramener un peu de santé mentale dans notre société. Quelques mesures peuvent être déjà envisagées :

- l'éducation à l'image doit être généralisée à l'école et la déconstruction des intoxication doit être favorisée (voir l'émission "Arrêt sur images" ou le site "HoaxBuster")

- on peut étudier la pertinence d'une "alerte médiatique" sur le modèle de l'alerte météorologique, permettant de constater qu'un embalement existe et incitant à la prudence les professionnels. La dénonciation publique d'une bulle par les autorités a souvent pour effet de la dégonfler.

- il peut être même pertinent d'instaurer des "coupe-circuits", sur le modèle de ce qui se pratique en Bourse. Par exemple, en cas d'emballement, la diffusion en boucle des mêmes images pourrait être interdite pendant quelques heures/jours. Il ne s'agirait pas de censurer le sujet lui-même, mais de limiter les effets quasi hypnotiques des images répétitives à la télévision. Chacun retrouverait de toute façon ces images sur internet, mais en choisissant de les revoir.

- la mise à disposition de toutes les données et la collaboration avec la société civile doivent également permettre de multiplier les sources d'informations fiables.


Les phénomènes d'hystérie collective perturbent lourdement le débat public. Or seul un véritable débat public durable, mené en toute confiance, permettra d'affronter les défis qui nous attendent : dette publique, lutte contre les inégalités, nouveau modèle énergétique et environnemental, relance de l'innovation et de l'éducation, etc...

Pour instaurer une vie politique saine dans notre pays, nous devrons donc nécessairement réfléchir à ces hystéries collectives aussi brutales que vaines, et probablement apprendre à les freiner.

Commentaires
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Gérard Mounier  - Désintoxication   |190.160.196.xxx |Wed-03-11 01:20:48
Bravo pour cet article plein de bon sens, il n'est pas facile de lutter contre le catastrophisme ambiant et de ramer à contre courant.
Il serait souhaitable que le National tienne compte de ce genre d'opinion.
Je sugggère d'approfondir cette analyse
pour montrer que les médias et surtout la télévision font du catastrophisme leur fond de commerce car les catastrophes font monter l'audimat en connivence avec les extrémistes et les écologistes politiques qui jouent sur les peurs du public pour essayer de gagner des voix. Comment expliquer l'influence médiatique des Nicolas Hulot, Cohn Bendit, D. Voynet, Mamère et autres Y. Cochet, sans parler de Marine LePen.
La médiocrité des rédactions des JT est due au fait que le pouvoir politique privilégie la docilité au mépris de la compétence. La simpple analyse d'un JT permet de le démontrer.
EJHHX
Roméo Lucibello  - La civilisation de l'excitation   |193.227.228.xxx |Wed-03-11 13:09:18
Que les JT fassent du spectacle et souvent du catastrophisme, c'est une certitude. Mais, à mon sens, il suffirait déjà de quelques "coupe-circuits" pour éviter les emballements les plus graves.

En attendant bien sûr de mener une réflexion plus approfondie sur notre civilisation de l'excitation.

A lire :
http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/civilisation/930-enfants-publicite-civilisation-excitation

"Nous sommes face à un vaste système économique qui a pour but de créer de l'excitation. Car cela revient à créer de la demande, créer des marchés. C'est un des ressorts puissants d'une société où nous sommes obligés de consommer pour survivre, et nous sommes face à cette contradiction. Nous nous passons notre temps à nous demander pourquoi cela génère des troubles chez nos enfants, sans remettre en question ce bain culturel."
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